Louise LABE (ou LABBE) et Olivier de MAGNY
La belle cordière et le poète séducteur : Louise LABE (ou LABBE) et Olivier De MAGNY
Je vois la Saône et le Rhône s’éprendre
Elle de lui comme eux deux séparés
Il la regarde et le soleil descendre
Elle a seize ans et n’a jamais pleuré
Aragon
Fille, puis épouse de cordier, Louise Labé naquit près de Lyon vers 1524. Une belle âme dans une superbe enveloppe, mariée à 16 ans à un mari plus âgé qui ne lui donnera pas d’enfant. Sportive et musicienne (écuyère remarquable et luthiste de talent), elle séduit aussi par sa voix mélodieuse … avant d’être elle-même séduite par un poète volage, hélas ! Olivier de Magny, poète cadurcien, ami de Ronsard et de Du Bellay. Ils se rencontrèrent lors d’un passage d’Olivier à Lyon, en 1555.
Amour passionné et violent … Mais le jeune poète à la plume ardente est aussi un globe-trotter passionné et il repart courir le monde… Laissant Louise seule avec son corps et ses fantasmes … Dans ce lit où elle l’oubliera.
Le « Lit de Louise » ; Pierre Lartigue a écrit à son propos :
« C’est un lit qu’elle a en tête, celui où elle songe, se repaît de mensonge, celui où elle tient son amant accolé par une heureuse mort », où elle réclame « le droit à la folie ».
Ne pouvant se résigner à la solitude, elle naîtra dans ce lit à la vie de son corps … D’où les accents si modernes de sa poésie de femme libérée.
Et à son retour, Olivier connaîtra de ce fait un terrible dépit amoureux, qui donnera naissance à une ode violente écrite au mari de Louise, Sir Aymon …
Puis il la fuit, il se fuit, il s’enfuit…
Et meurt quelque part en France en 1561.
Louise le suivra dans la tombe en 1565.
Et sans doute la colombe a-t-elle rejoint son épervier, par delà les nuages … C’est en tout cas ce que je veux croire, et tous les poètes amoureux avec moi …
Plumes_soeurs
LOUISE LABE
BAISE M'ENCOR
Baise m'encor, rebaise-moy et baise :
Donne m'en un de tes plus savoureus,
Donne m'en un de tes plus amoureus :
Je t'en rendrai quatre plus chaus que braise.
Las, te pleins tu ? Ca que ce mal j'apaise,
En t'en donnant dix autres doucereus.
Ainsi meslant nos baisers tant heureus
Jouissons nous l'un de l'autre à notre aise.
Lors double vie à chacun en suivra.
Chacun en soy et son ami vivra.
Permets m'amour penser quelque folie :
Tousjours suis mal, vivant discrettement,
Et ne me puis donner contentement,
Si hors de moy ne fay quelque saillie.
DOUX REGARDS
O beaux yeux bruns, ô regards destournez
O chaus soupirs, ô larmes espandues,
O noires nuits vainement atendues,
O jours luisants vainement retournez :
O tristes pleins, ô désirs obstinez,
O temps perdu, ô peines despendues,
O mile morts en mile rets tendus,
O pires maus contre moy destinez.
O ris, ô fronts, cheveus, bras, mains et doits,
O lut pleintif, viole, archet et vois :
Tant de flambeaus pour ardre une femmelle !
De toy me plein, que tant de feus portant,
En tant d'endrois d'iceus mon coeur tatant,
N'en est sur toy volé quelque estincelle.
OLIVIER DE MAGNY
BIENHEUREUX
Bienheureux soit le jour et le mois et l’année,
La saison et le temps, et l’heure et le moment,
Le pays et l’endroit où bienheureusement
Ma franche liberté me fut emprisonnée.
Bienheureux l’astre au ciel d’où vient ma destinée,
Et bienheureux l’ennui que j’eus premièrement,
Bienheureux aussi l’arc, le trait et le tourment
Et la plaie que j’ai dans le cœur assenée.
Bienheureux soient les cris que j’ai jetés au vent,
Le nom de ma maîtresse appelant si souvent,
Et bienheureux mes pleurs, mes soupirs et mon zèle,
Bienheureux le papier que j’emplis de son los (*),
Bienheureux mon esprit qui n’a point de repos
Et mon penser aussi qui n’est d’autre que d’elle.
(*) : de sa louange
QUEL FEU DIVIN
Quel feu divin s’allume en ma poitrine
Quelle fureur me vient ore (*) irriter ?
Et mes esprits saintement agiter
Par les rayons d’une flamme divine ?
Ce petit dieu de qui la force insigne
Sur les grands dieux se peut exerciter (*)
Viendrait-il bien dans mon âme exciter
Cette chaleur d’immortalité digne ?
C’est lui, c’est lui, qui souffle cette ardeur,
Car jà déjà je fleure sa grandeur,
Me bienheurant d’une nouvelle vie.
Sus donc, sus donc, profanes, hors d’ici,
Voici le dieu, je le sens, le voici,
Qui de fureur m’a jà (*) l’âme ravie.
(*)Ici et/ou maintenant
(*)s’exercer
(*)Déjà
LOUISE LABE
ON VOIT MOURIR …
On voit mourir toute chose animée,
Lors que du corps l’âme subtile part :
Je suis le corps, toi la meilleure part :
Où es-tu donc, ô âme bien aimée ?
Ne me laissez pour si longtemps pâmée :
Pour me sauver vous viendriez trop tard.
Las ! Ne mets point ton corps en ce hasard :
Rends lui sa part et moitié estimée.
Mais fais, Ami, que ne soit dangereuse
Cette rencontre et revue amoureuse,
L’accompagnant, non de sévérité,
Non de rigueur, mais de grâce amiable,
Qui doucement me rende ta beauté,
Jadis cruelle, à présent favorable.
A méditer ...
Plumes_soeurs
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Sur Olivier de Magny, on peut voir par exemple :
http://www.quercy.net/hommes/omagny.html
et bien sûr webnet, le site le plus riche à ma connaissance ! :
http://poesie.webnet.fr/auteurs/demagny.html
Et sur Louise Labé :
Le centre Louise Labé, http://sites.univ-lyon2.fr/centre-louise-labe/
Webnet : http://poesie.webnet.fr/auteurs/labe.html
Et aussi : http://www.fh-augsburg.de/~harsch/gallica/Chronologie/16siecle/Labe/lab_intr.html