Les amours de Victor Hugo

Publié le par Plume Rose



LES AMOURS DE VICTOR HUGO



Victor Hugo ne pouvait se passer de femmes, à preuve :


"L'homme a reçu de la nature une clef avec laquelle il remonte sa femme toutes les vingt-quatre heures" a-t-il écrit !!

Il y eut de nombreuses « serrures » … :

D’abord, il y eut Adèle son premier amour qui fit de lui ce portrait :



Il l’épousa sans rien connaître de la vie : à vingt ans et huit mois, Hugo était vierge ; il n'avait encore approché aucune femme lorsqu'au soir du 12 octobre 1822 il tint dans ses bras cette Adèle qu'il épousait. Il avait pourtant, à l'entendre, "des sens en amadou". Mais telle avait été sa volonté stricte et farouche ; sa volonté d'abstention ; puisque son Adèle était vierge, qu'il le soit, lui, pareillement, lorsqu'ils s'étreindraient.

Victor HUGO à sa femme :

"Quel doux accord de la saison et de ta fête ! Le mois de mai t’appartient, ma bien-aimée. Cette aurore et ce printemps s’entendent pour te faire une auréole. Tu mets ton âme dans ce nimbe de rayons et de fleurs. Il est six heures du matin, tu dors encore, j’espère, et je cause de toi avec les oiseaux, avec les arbres, avec le soleil, avec toute cette douce nature qui t’aime, et qui te ressemble. J’ai passé une très bonne nuit, et je veux que tu te portes bien, et je suis sûr que, fraîche et riante à ton réveil, tu m’obéis. Je fais un bouquet de nos trente-trois ans d’amour, et je le dépose à vos pieds, madame. Il y a une fleur au - dessus des fleurs, la rose ; et, au - dessus des mots, il y a un mot : je t’aime !"

Adèle, toutefois, refusa son contact dès après la naissance de leur cinquième enfant, 28 juillet 1830 ; et, le 17 juillet 1831, il lui écrivait, des Roches, près Bièvre, où il s'était retiré, un temps, pour travailler :

"Ce lit où tu pourrais être - quoique tu ne veuilles plus, méchante ! -, cette chambre où je pourrais voir tes robes, tes bas, tes chiffons sur les fauteuils, cette fable où tu viendrais me déranger par un baiser, tout cela m'est douloureux et poignant. Je n'ai pas dormi de la nuit. Je pensais à toi comme à dix-huit ans ; je rêvais de toi comme si je n'avais pas couché avec toi…"

Passée la saison des orages, ils vécurent en presque bons amis.

Etrange retour, dans l’existence du fils (le poète) de celle de son père (le Général Hugo) ; Ce dernier, aussi, avait vu sa femme, qu'il désirait toujours, s'écarter de lui parce qu'elle lui préférait un autre homme ; pour Sophie Trébuchet, femme de Léopold-Sigisbert Hugo, ç'avait été le colonel Lahorie ; pour Madame Victor Hugo, ce sera Sainte-Beuve.

Mais Victor Hugo n'avait-il pas eu, dès avant 1830, "des torts" à l'égard d'Adèle ? Difficile de ne pas le croire lorsqu'on interroge ces Feuilles d'automne qu'il publia en novembre 1831, et particulièrement la pièce XXXVII, datée du 15 juin 1830, où il parle du poids qu'il "traîne" de "fautes et d'erreurs", dénonçant les "souvenirs" qui l'assaillent, pour sa "honte", et ces "passions" qui ont laissé en lui leur "écume". La pièce XIV évoque ses lettres de jeunesse, les "lettres d'amour" qu'il écrivait hier à sa fiancée, et il se remémore le temps où il était "sans tache", alors qu'il plie, à présent, sous "le fardeau croissant du repentir". Et il a fait "pleurer", dit-il, plus d'une fois, sa jeune femme…


Mais Victor Hugo ne pouvait résister aux charmes féminins. Çà et là, sous sa plume, après 1833, et tandis que se poursuit sa liaison avec Juliette, des indications gaillardes sur cette "jolie fille", par exemple, en juin 1836, qui, au "camp de César", près Jublaire, lui servait de guide : elle sautait "par-dessus les clôtures sans trop s'inquiéter de ses jupons" et "m'a montré un temple romain, beaucoup de choses romaines, et beaucoup de sa personne" ; en août 1840, touriste, il enregistre un détail agréable : "deux ou trois grandes belles filles ravageaient un prunier (…) et l'une d'elles était perchée sur le gros bras de l'arbre dans une attitude où les passants étaient si parfaitement oubliés qu'elle donnait aux voyageurs de l'Impériale je ne sais quelles vagues envies de mettre pied à terre." Et voici encore (1843 ?) cette souriante inconvenance : "C'était la saison des vendanges ; de la route où nous passions, on apercevait jupes courtes et penchées vers la terre, des cultivatrices dont on voyait surtout la première syllabe." Sans date, ce quatrain que Victor Hugo répugne à s'attribuer ouvertement et qu'il donne pour une citation : "Il avait fait ce quatrain", écrit-il ; qui ? sinon lui-même. Mais il n'a jamais été aussi loin dans la hardiesse verbale et blagueuse :

"Charmante fleur d'avril, ton parfum nous ravit
d'avril, le mois d'amour et de clarté divine,
où le soleil renaît, où le baiser revit,
deux choses que dit bien ton doux nom, aubépine."


Juliette ne savait pas à quel point étaient nombreux les divertissements qu'il s'octroyait, en ces années 1833-1848, où il la voyait chaque jour, avec tendresse, toujours, un peu d'impatience parfois, mais avec une ardeur qui s'amoindrissait.
Dès décembre 1835, elle le grondait, se forçant à rire, sur le "scandale" de leur "chasteté", blâmant ses "procédés immoraux", annonçant qu'elle saurait bien le contraindre à se "conduire décemment" avec elle.

Du 23 mars 1836 :

"Vous travaillez trop, mon petit Toto, vous ne dormez pas assez et vous ne faîtes pas assez l'amour, toutes choses contraires à la santé et au bonheur."

Pas assez l'amour ? D'autres, hélas, étaient les bénéficiaires de ce dont il la privait.

Longtemps, Victor HUGO soupçonna Juliette de lui faire des infidélités… Ce n'était pas elle qui papillonnait mais Victor lui-même ! Il connut de multiples aventures et un amour passionné pour Léonie BIARD qu'il réussit à cacher à Juliette jusqu'au jour de juin 1851... mais avant une lettre de V.H. à Léonie BIARD :

" Samedi - trois heures du matin.
Je rentre. J'ai ta lettre. Cette douce lettre, je l'avais lue aujourd'hui dans tes yeux. Que tu étais belle tantôt aux Tuileries sous ce ciel de printemps,
sous ces arbres verts, avec ces lilas en fleurs au-dessus de ta tête. Toute cette nature semblait faire une fête autour de toi. Vois-tu, mon ange, les arbres et les fleurs te connaissent et te saluent. Tu es reine dans ce monde charmant des choses qui embaument et qui s'épanouissent comme tu es reine dans mon coeur.
Oui, j'avais lu dans tes yeux ravissants cette lettre exquise, délicate et tendre que je relis ce soir avec tant de bonheur, ce que ta plume écrit si bien,
ton regard adorable le dit avec un charme qui m'enivre. Comme j'étais fier en te voyant si belle ! Comme j'étais heureux en te voyant si tendre !
Voici une fleur que j'ai cueillie pour toi. Elle t'arrivera fanée, mais parfumée encore ; doux emblème de l'amour dans la vieillesse. Garde-la ; tu me la montreras dans trente ans. Dans trente ans tu seras belle encore, dans trente ans je serai encore amoureux. Nous nous aimerons, n'est-ce pas, mon ange, comme aujourd'hui, et nous remercierons Dieu à genoux. Hélas ! Toute la journée de demain dimanche sans te voir ! Tu ne me seras rendue que lundi. Que vais-je faire d'ici là ? Penser à toi, t'aimer, t'envoyer mon coeur et mon âme. Oh ! de ton côté sois à moi ! à lundi ! -- à toujours ! "

... jusqu'au jour de juin 1851 où Léonie BIARD, qui souffrait du partage envoya à Juliette un échantillon important des lettres qu’elle avait reçues de Victor Hugo.

Extrait de lettre de Juliette DROUET à Victor HUGO (mars 1852) :

"à "Toto" le coupable, pardonné, mais désormais, pour elle, mal sûr, inquiétant, furtif :

"Il paraît que tu dois redoubler de chasteté ? Cela ne sera pas difficile en ce qui me concerne car il suffit que tu continues la continence que tu observes avec tant de scrupule vis-à-vis de moi depuis bientôt deux ans, je pourrais même dire, depuis bientôt huit ans (ce qui nous reporte à 1844). Je me souviens que, le jour où tu as pris ta santé pour prétexte d'une séparation physique, tu en adorais une autre".

Adorais est le mot juste. Il vaut la peine de transcrire quelques fragments de ce qu'il lui disait, dans l'emportement de sa flamme :

"Ma bien aimée, ma bien aimée, quand t'aurai-je ? Nos nuits, quand reviendront-elles ? (…) Cette seule idée (celle de "nos nuits"), rien que l'idée m'enivre et m'éblouit (…) La volupté des sens flotte au milieu de la volupté de l'âme, agrandie par elle et l'agrandissant (…) J'ai les yeux pleins d'étoiles et la bouche pleine de parfums."
Ailleurs : "Je t'aime (…) c'est l'été ; il est encore nuit, mais le jour va se lever (…) ma lampe pâlit sur ma table et les étoiles et la bouche pleine de parfums." Ailleurs : "Je t'aime (…) c'est l'été ; il est encore nuit, mais le jour va se lever (…) ma lampe pâlit sur ma table et les étoiles pâlissent là-haut (…) Une limpidité mélancolique et sereine emplit l'espace. L'âme de toute la nature semble monter vers Dieu, et mon âme monte vers toi, ma bien-aimée. La nature et mon âme sont d'accord. Nous faisons la même chose. Aimer, c'est être religieux. Il y a une harmonie intime entre cet univers plein d'une grande prière et mon cœur plein d'un grand amour."
Ailleurs : "Je t'aime (…) Je te baise à te faire toute rose, de la tête aux pieds."

Après une période pleine de retournements dramatiques, Juliette l’emporta sur sa rivale, grâce à son dévouement et à son génie de l’amour.





On ne compte pas les bonnes fortunes de Victor Hugo, peu regardant sur ses partenaires éphémères et dominé par ses appétits. Il y céda sans retenue, usant de sa position et de son pouvoir de séduction sur des actrices, des domestiques, des visiteuses fascinées, des prostituées. À Guernesey, il compensa la monotonie de la vie sociale par des passades peu reluisantes.

Quand il rentra à Paris, en septembre 1870, sa frénésie charnelle se déchaîna. Juliette, consciente du danger qu’elle courait, effrayée des risques qu’il prenait, finit par réagir violemment. En 1873, sans prévenir, elle partit pour Bruxelles. Mais Victor Hugo la ramena à lui une fois encore, et ce qu’elle appelait la «chasse fantastique» recommença. «Tu souffres, lui écrivait-elle le 28 juillet 1874, de la plaie vive de la femme qui va s’agrandissant toujours, parce que tu n’a pas le courage de la cautériser une fois pour toutes.»

Hugo a vécu en exil de sa cinquantième à sa soixantième année. Il savait que le sexe n'a pas son pareil pour nous donner le change et se faire prendre pour le cœur, et que l'amour n'est bien souvent que l'imagination sollicitée par le désir. Et il écrivait, se croyant enfin décillé et lucide :
"A vingt ans, on est plus amoureux qu'autre chose ; à soixante, on est plus autre chose qu'amoureux."

Lui qui avait écrit, à 50 ans, sans savoir et d'après les on-dit :
"La soixantaine met l'homme hors de combat"

il changea d'avis, septuagénaire, et déclara :
"Il n'y a pas d'autre limite que celle-ci : tant que l'homme peut, tant que la femme veut."

Le décompte que permettent les carnets atteste une accélération, avec la vieillesse, de ses assouvissements. Le 29 avril 1872 (il a eu ses soixante-dix ans en février) est une journée triomphale : trois noms d'actrices, suivis de l'indication glorieuse faite du signe conventionnel : "Todas les tres !" ("toutes les trois" ; écrit en espagnol, crainte d'un regard indiscret de Juliette sur ses notes intimes).



Et comment ne pas terminer avec ce poème :

Aimons toujours ! Aimons encore !...

Aimons toujours ! Aimons encore !
Quand l'amour s'en va, l'espoir fuit.
L'amour, c'est le cri de l'aurore,
L'amour c'est l'hymne de la nuit.

Ce que le flot dit aux rivages,
Ce que le vent dit aux vieux monts,
Ce que l'astre dit aux nuages,
C'est le mot ineffable : Aimons !

L'amour fait songer, vivre et croire.
Il a pour réchauffer le coeur,
Un rayon de plus que la gloire,
Et ce rayon c'est le bonheur !

Aime ! qu'on les loue ou les blâme,
Toujours les grand coeurs aimeront :
Joins cette jeunesse de l'âme
A la jeunesse de ton front !

Aime, afin de charmer tes heures !
Afin qu'on voie en tes beaux yeux
Des voluptés intérieures
Le sourire mystérieux !

Aimons-nous toujours davantage !
Unissons-nous mieux chaque jour.
Les arbres croissent en feuillage ;
Que notre âme croisse en amour !

Soyons le miroir et l'image !
Soyons la fleur et le parfum !
Les amants, qui, seuls sous l'ombrage,
Se sentent deux et ne sont qu'un !

Les poètes cherchent les belles.
La femme, ange aux chastes faveurs,
Aime à rafraîchir sous ses ailes
Ces grand fronts brûlants et rêveurs.

Venez à nous, beautés touchantes !
Viens à moi, toi, mon bien, ma loi !
Ange ! viens à moi quand tu chantes,
Et, quand tu pleures, viens à moi !

Nous seuls comprenons vos extases.
Car notre esprit n'est point moqueur ;
Car les poètes sont les vases
Où les femmes versent leur coeurs.

Moi qui ne cherche dans ce monde
Que la seule réalité,
Moi qui laisse fuir comme l'onde
Tout ce qui n'est que vanité,

Je préfère aux biens dont s'enivre
L'orgueil du soldat ou du roi,
L'ombre que tu fais sur mon livre
Quand ton front se penche sur moi.

Toute ambition allumée
Dans notre esprit, brasier subtil,
Tombe en cendre ou vole en fumée,
Et l'on se dit : "Qu'en reste-t-il ?"

Tout plaisir, fleur à peine éclose
Dans notre avril sombre et terni,
S'effeuille et meurt, lis, myrte ou rose,
Et l'on se dit : "C'est donc fini !"

L'amour seul reste. O noble femme
Si tu veux dans ce vil séjour,
Garder ta foi, garder ton âme,
Garder ton Dieu, garde l'amour !

Conserve en ton coeur, sans rien craindre,
Dusses-tu pleurer et souffrir,
La flamme qui ne peut s'éteindre
Et la fleur qui ne peut mourir !


Victor Hugo
Les contemplations


FIN


Plume Rose


Publicité

Publié dans Elle et Lui

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
G
<br /> <br /> Bonjour,<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Vous auriez pu citer plus modestement vos sources, au lieu de laisser croire qu'il s'agissait d'un travail personnel... Je cherchais le phrase « l'amour n'est bien souvent que l'imagination<br /> sollicitée par le désir », qui figure ci-dessus, et j'ai fini par retrouver dans mes archives l'article où je l'avais lue initialement, enregistré en 2005, et daté de... 1974, dans<br /> lequel vous avez allègrement pioché. En voici le texte intégral :<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Hugo et les femmes<br /> <br /> <br /> Par Henri Guillemin<br /> <br /> <br /> Magazine littéraire n° 84<br /> Janvier 1974<br /> <br /> <br /> Quand j'ai écrit mon petit livre : Hugo et la sexualité (c'était en 1953, il y a donc vingt ans), l'érotisme n'était pas à la mode, à l'honneur devrais-je dire, comme il l'est<br /> aujourd'hui. Et j'ai fait figure d'audacieux alsors que je n'y visais guère, soucieux seulement de répondre à l'une des trois questions dont Sainte-Beuve disait que leur éclairement est<br /> nécessaire pour commencer à entrevoir la réalité vivante de tout être humain : comment cet homme, ou cette femme, ont-ils conduit leur vie quant à l'argent, la sexualité, la religion. Je savais à<br /> quoi m'en tenir sur Hugo et l'argent. Hugo et Dieu ? Grande affaire, très complète où il me semble avoir un peu compris comment s'en tirait le poète. Hugo et les femmes ? Il n'y avait aucune<br /> raison pour ne pas essayer d'apprendre ce qu'avaient été, au juste, sur ce point, ses comportements ; et j'avais la chance d'avoir sous la main, sous les yeux, cette mine géante d'informations en<br /> tout genre que constituaient les carnets intimes de Hugo, jusque-là réservés, et dont l'arrière-petit-fils du Grand Vieux (comme disait Flaubert) m'avait ouvert la lecture entière. Cette brève<br /> étude que j'ai publiée en 1954, je ne songe ni à en rougir, ni à en tirer gloire. Tout au plus ai-je apprécié avec humour la sentence d'un jeune critique agité qui situa, un peu plus tard,<br /> l'ensemble de mes travaux "entre l'érotisme et la police", à cause de ce livre même et de ce que le hasard m'avait fait découvir sur Benjamin Constant et Vigny, dénonciateurs d'adversaires<br /> politiques, l'un après Fructidor, l'autre après le 2 décembre. Sur Hugo et la sexualité, mon enquête était sans arrière-pensée et sans fièvre ; par surcroît, j'avais le sentiment de répondre à un<br /> voeu explicite. Hugo n'avait-il pas tenu, et de la manière la plus formelle, dans ses dispositions testamentaires, à ce que fût remis à la Bibliothèque nationale, c'est-à-dire à nous, le public,<br /> la postérité, la totalité de ses manuscrits ? Je dis bien : tous ses manuscrits. La précision était catégorique : "tout texte, quel qu'il soit, écrit de ma main" doit être livré à la<br /> foule. Ne rien détruire et ne rien cacher. Pourquoi ? Parce que "quand je n'y serai plus, on verra qui j'étais". Ma destinée, disait-il encore, "aura été de vivre célèbre et ignoré ; je ne suis<br /> connu que de l'inconnu". Eh bien ! Qu'on le connaisse, disparu, tel qu'il était, pour de bon, tous ses secrets portés à la lumière du plein jour, le mal comme le bien, le pire comme le<br /> meilleur.<br /> J'ai peu de choses à adjoindre aux résultats de mon ancienne enquête ; mais peut-être à y ajouter quelques réflexions neuves. A vingt ans et huit mois, Hugo était vierge ; il n'avait encore<br /> approché aucune femme lorsqu'au soir du 12 octobre 1822 il tint dans ses bras cette Adèle qu'il épousait. Et pourtant, à l'entendre, "des sens en amadou". Mais telle avait été sa volonté stricte<br /> et farouche ; sa volonté d'abstention ; puisque son Adèle était vierge, qu'il le soit, lui, pareillement, lorsqu'ils s'étreindraient. A-t-il trahi sa femme avant de prendre, en 1833 (trente et un<br /> ans), Juliette Drouet pour maîtresse ? Qu'il ait été, d'abord, un ami assidu - et lassant - la chose est certaine, comme il appert de cette note joviale qui date de 1823 environ : "L'homme a reçu<br /> de la nature une clef avec laquelle il remonte sa femme toutes les vingt-quatre heures". Adèle refuse son contact dès après la naissance de leur cinquième enfant, 28 juillet 1830 ; et, le 17<br /> juillet 1831, il lui écrivait, des Roches, près Bièvre, où il s'était retiré, un temps, pour travailler : "Ce lit où tu pourrais être - quoique tu ne veuilles plus, méchante ! -, cette chambre où<br /> je pourrais voir tes robes, tes bas, tes chiffons sur les fauteuils, cette fable où tu viendrais me déranger par un baiser, tout cela m'est douloureux et poignant. Je n'ai pas dormi de la nuit.<br /> Je pensais à toi comme à dix-huit ans ; je rêvais de toi comme si je n'avais pas couché avec toi…" Etrange préfiguration, dans l'existence du père (le général Hugo) de celle du fils (le poète) ;<br /> lui aussi, le père, avait vu sa femme, qu'il désirait toujours, s'écarter de lui ; parce qu'elle lui préférait un autre homme ; pour Sophie Trébuchet, femme de Léopold-Sigisbert Hugo, ç'avait été<br /> le colonel Lahorie ; pour Madame Victor Hugo, ce sera - c'était - Sainte-Beuve. Mais Victor Hugo n'avait-il pas eu, avant 1830, "des torts" à l'égard d'Adèle ? Difficile de ne pas le croire<br /> lorsqu'on interroge ces Feuilles d'automne qu'il publia en novembre 1831, et particulièrement la pièce XXXVII, datée du 15 juin 1830, où il parle du poids qu'il "traîne" de "fautes et<br /> d'erreurs", dénonçant les "souvenirs" qui l'assaillent, pour sa "honte", et ces "passions" qui ont laissé en lui leur "écume". La pièce XIV évoque ses lettres de jeunesse, les "lettres d'amour"<br /> qu'il écrivait hier à sa fiancée, et il se remémoire le temps où il était "sans tache", alors qu'il plie, à présent, sous "le fardeau croissant du repentir". Et il a fait "pleurer", dit-il, plus<br /> d'une fois, sa jeune femme…<br /> Çà et là, sous sa plume, après 1833, et tandis que se poursuit sa liaison avec Juliette, des indications gaillardes ; sur cette "jolie fille", par exemple, en juin 1836, qui, au "camp de César",<br /> près Jublaire, lui servait de guide : elle sautait "par-dessus les clôtures sans trop s'inquiéter de ses jupons" et "m'a montré un temple romain, beaucoup de choses romaines, et beaucoup de sa<br /> personne" ; en août 1840, touriste, il enregistre un détail agréable : "deux ou trois grandes belles filles ravageaient un prunier (…) et l'une d'elles était perchée sur le gros bras de l'arbre<br /> dans une attitude où les passants étaient si parfaitement oubliés qu'elle donnait aux voyageurs de l'Impériale je ne sais quelles vagues envies de mettre pied à terre." Et voici encore (1843 ?)<br /> cette souriante inconvenance : "C'était la saison des vendanges ; de la route où nous passions, on apercevait jupes courtes et penchées vers la terre, des cultivatrices dont on voyait surtout la<br /> première syllabe." Sans date, ce quatrain que Victor Hugo répugne à s'attribuer ouvertement et qu'il donne pour une citation : "Il avait fait ce quatrain", écrit-il ; qui ? sinon lui-même. Mais<br /> il n'a jamais été aussi loin, à ma connaissance dans la hardiesse verbale et blagueuse :<br /> "Charmante fleur d'avril, ton parfum nous ravit<br /> d'avril, le mois d'amour et de clarté divine,<br /> où le soleil renaît, où le baiser revit,<br /> deux chose que dit bien ton doux nom, aubépine."<br /> Juliette ne sait pas à quel point sont nombreux les divertissements qu'il s'octroie, en ces années 1833-1848, où il la voit chaque jour, avec tendresse, oui, un peu d'impatience parfois, mais une<br /> ardeur qui s'amoindrit. Dès décembre 1835, elle le grondait, se forçant à rire, sur le "scandale" de leur "chasteté", blâmant ses "procédés immoraux", annonçant qu'elle saurait bien le<br /> contraindre à se "conduire décemment" avec elle. Du 23 mars 1836 : "Vous travaillez trop, mon petit Toto, vous ne dormez pas assez et vous ne faîtes pas assez l'amour, toutes choses contraires à<br /> la santé et au bonheur." Pas assez l'amour ? D'autres, hélas, étaient les bénéficiaires de ce dont il la privait. D'autres, au nombre desquelles figure cette Esther Guimond, "courtisane", comme<br /> on disait alors, "de haut vol", maîtresse en titre d'Emile de Girardin, un homme libéral qui avait établi des rapports fraternels entre tous les usagers d'Esther comme entre militaires, selon son<br /> expression, "servant dans le m<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
P
Bonsoir Laure, une passante par hasard :) merci pour les précisions... <br /> et ravie que l'article t'ait plu et t'ait appris beaucoup de choses sur Victor Hugo, c'est bien le but ! <br /> Pour les cours d'espagnol, je t'appellerai la prochaine fois :)<br />  
Répondre
L
En espagnol toutes les trois c\\\'est "todas lAs tres"Peut-etre qu\\\'a cette epoque l\\\'espagnol etait vraiment different d\\\'aujourd\\\'hui mais je ne pense quand même pas sur ce point là...<br /> Enfin voilà sinon cet article fut bien enrichissant.
Répondre
P
Oups ! mais diantre, pourquoi ai-je voulu te mettre des talons aiguilles ? :o) Je cours chez mon psy... :)<br />  
Répondre
P
Moi, c'est PB, PR :)))S/ PB
Répondre